Radio France annonce la fin de l’interminable chantier de la Maison de …

C’est un soulagement pour les équipes de Radio France… et pour le contribuable. Mi-novembre, la commission de sécurité de la préfecture de police de Paris a rendu un avis positif sur l’utilisation des dernières salles livrées, marquant la fin de l’interminable chantier de rénovation de la Maison de la Radio et de la Musique.

Un projet exceptionnel qui, selon nos estimations, aura coûté environ trois fois plus cher que prévu et aura duré quatorze ans au lieu de six. Le temps qu’il a fallu pour réhabiliter et sécuriser 90 000 mètres carrés et créer de nouveaux espaces, dont un auditorium de 1 400 places, une rue intérieure, quatre passerelles piétonnes, une agora centrale sous verrière ou encore un parking.

Premiers coups de pioche en 2008

L’emplacement a été décidé en 2003 lorsque de graves problèmes de résistance au feu de la structure ont été identifiés. L’Etat a alors pris la décision de procéder à un réaménagement « en site occupé » plutôt que de vider le bâtiment pendant les travaux. Et les problèmes commencent. « Un diagnostic complet en site occupé est quasiment impossible », explique Sidonie Guénin, directrice de la réhabilitation à Radio France, qui surveille le site depuis 2018. Les investigations menées négligent en effet une grande partie de l’amiante dissimulée dans ce bâtiment dédié en 1963…

La pose de la première pierre a eu lieu en 2008 avec un horizon de six ans. Une ambition « très volontariste », a indiqué Marie Message, directrice générale adjointe de Radio France. Ou irréaliste. D’autant que le périmètre évolue, notamment avec l’ajout d’un auditorium au programme initial. En plus de l’amiante et autres mauvaises surprises sur le chantier, il y a le problème de bruit sous-estimé qui provoque des déménagements imprévus. Difficile d’enregistrer une émission avec des marteaux piqueurs en arrière-plan… La gestion de projet devient vite un casse-tête entre les déménagements, l’enchevêtrement des réseaux techniques (électricité, air, eau, etc.), anciens, neufs et temporaires et les nombreux litiges avec le service prestataires, sous réserve de délais impossibles et pour certaines fautes d’exécution fautives.

La Cour des comptes a tiré la sonnette d’alarme dans un rapport cinglant en 2015, estimant que la facture finale, frais de fonctionnement et litiges compris, était de 262 millions d’euros (première estimation de l’Autorité de surveillance financière en 2004), deux fois plus que prévu (avant programmation) à 575 millions d’euros. Le budget initial avait été grossièrement sous-estimé. « C’était calculé très serré, avec des quotas bruts de logements », précise Sidonie Guénin. Les studios de radio sont autrement plus chers.

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Lorsque de nouveaux surcoûts ont été annoncés en juillet 2017, l’État a perdu patience et a envoyé un expert pour examiner le projet. Dans la foulée, la future PDG de Radio France, Sibyle Veil, alors directrice adjointe, a tout remis sur les rails début 2018, nommant une nouvelle gérante en la personne de Sidonie Guénin, dont la première démarche a été de frapper à la porte du campus de Jussieu, une des rares projets comparables, a été achevé en 2016 après vingt ans de travail. Elle revient avec la conviction qu’il faut établir un calendrier réaliste et s’y tenir.

« Coût final » : 493 millions d’euros, selon Radio France

Cible : Retour du dernier personnel sur le site d’ici la mi 2023. Les changements d’équipe, les pratiques et les contrats seront revus. Le budget est revu une dernière fois, les « charges totales » maximales sont alors fixées à 510 millions d’euros, hors charges locatives. Cette fois, les deux objectifs sont atteints (dans les cinq mois en raison du Covid-19), avec un surcroît encore moindre de 493 millions d’euros hors taxes selon Radio France (soit près du triple du coût total, hors chirurgie, estimé en février 2004, 170 millions d’euros, selon la Cour des comptes). Dans un communiqué publié aujourd’hui, Sibyle Veil se réjouit de la réalisation du chantier « dans la perspective d’un parcours financier maîtrisé ».

Afin d’avoir une idée du coût total pour le contribuable, une estimation des frais de fonctionnement (déménagement) doit être ajoutée au montant officiel, ce que Radio France ne quantifie pas. En 2014, ils étaient estimés à 154 millions d’euros dans une déclaration parlementaire, avec une fin prévue début 2018. Si vous rajoutez encore quatre années de construction, vous savez que la Cour des comptes dans son rapport 2019 estimait l’année à 20 millions d’euros de frais de fonctionnement, on arrive à 234 millions d’euros. C’est une somme qui, selon notre estimation (493 + 234), serait d’environ 727 millions d’euros, ce que réfute Radio France (le groupe précise seulement que les coûts de fonctionnement de la phase 3 du site, qui a duré quatre ans, ont atteint 53 millions d’euros). En 2018, une enquête BFMTV estimait la facture totale à 736 millions d’euros.

La Maison Ronde, aujourd’hui rénovée, n’en a cependant pas tout à fait fini avec l’échafaudage puisqu’un ultime projet est en cours, celui de Creation Studios, décidé en 2016 pour un montant de 78 millions d’euros. Rendez-vous en 2025 pour la prochaine cérémonie de fin de chantier. Si tout va bien.